Mettre en scène un film sur l’attentat d’Omagh n’était pas une chose facile. Pour certains, il était trop tôt, le sujet était trop sensible. Les points de vue s’opposaient, inévitablement. Mais surtout, il y avait ces questions restées en suspens : que s’était-il vraiment passé ? Aurait-on pu l’éviter ?
29 personnes ont trouvé la mort dans l’attentat d’Omagh. Ce qui fait débat, c’est la volonté, ou l’absence de volonté de la part des autorités de traduire les responsables en justice. Il existe un terrible sentiment de trahison, surtout chez les gens qui ont placé leurs espoirs dans la police et les politiques des deux côtés de la frontière. Au cours des cinq dernières années, un groupe de familles, le Groupe de soutien et d’entraide d’Omagh, a mené une campagne patiente et résolue pour faire traduire en justice les responsables de l’attentat. Mettre les politiques et les policiers face à leurs responsabilités et à leurs promesses.
Il y a trois ans, Paul Greengrass (réalisateur de BLOODY SUNDAY et producteur d’OMAGH) a contacté Michael Gallagher et le Groupe de soutien et d’entraide d’Omagh pour obtenir leur aide pour ce projet. Sans leur consentement, ce film n’aurait jamais pu aboutir.
PAUL GREENGRASS
Il y a deux évènements qui encadrent le conflit d’Irlande du Nord, le Bloody Sunday et Omagh, où tout le monde a compris qu’il fallait que le conflit s’arrête. L’attentat d’Omagh reste le crime le plus effroyable du conflit d’Irlande du Nord. C’est un évènement d’autant plus tragique qu’il est survenu au moment où les gens commençaient à espérer que les affrontements sanglants qu’ils avaient connus toute leur vie touchaient à leur fin. La demande de justice qu’a portée le Groupe de soutien et d’entraide d’Omagh suite à cette tragédie symbolise l’espoir pour nous tous. Après mon premier film sur l’Irlande du Nord BLOODY SUNDAY, c’était important pour moi de conclure avec celui-ci… Le projet fut ensuite rejoint par le co-scénariste Guy Hibbert, le réalisateur Pete Travis, le producteur Ed Guiney (THE MAGDALENE SISTERS), et avec le soutien des producteurs exécutifs Greg Brenman (Tiger Aspect), Andrew Lowe (Element Films), et Arthur Lappin (Hell’s Kitchen International). J’étais conscient de la difficulté de trouver le moment opportun pour faire un film sur un sujet aussi sensible. Naturellement, les familles veulent faire le deuil de leurs proches dans l’intimité. Mais les familles du Groupe de soutien et d’entraide d’Omagh sont dans l’arène médiatique depuis cinq ans. Elles ont fait campagne, et bientôt, elles seront au tribunal. Tout cela aura de profondes implications pour nous tous. C’est pourquoi nous avons eu le sentiment que le moment était venu de raconter leur histoire, pour que tout le monde puisse comprendre leur combat.
Durant la réalisation d’OMAGH, Don Mullan (co-producteur) a rempli le rôle crucial de liaison avec les familles des victimes. Il décrit sa première rencontre avec les familles d’Omagh comme un moment douloureux.
DON MULLAN
Les réactions des familles rencontrées ont été diverses. Celles qui s’étaient constituées parties civiles contre les responsables de l’attentat et qui avaient assigné en justice le gouvernement britannique et la police d’Irlande du Nord savaient que le film pourrait jouer le rôle important ; celui d’informer le public irlandais, britannique et international de leur combat pour la justice et contre l’impunité. Tandis que pour d’autres familles, dont le souvenir était encore trop douloureux, elles ont préféré ne pas participer au film. Cela allait de celles qui étaient opposées au projet à celles qui nous ont souhaité bonne chance, mais ont préféré ne pas s’impliquer davantage, car cela leur aurait été trop pénible. Nous avons aussi consulté de nombreux responsables religieux ou issus de la société civile d’Omagh et tous nous ont fortement encouragé dans notre démarche. OMAGH, peut nous forcer à voir la fragilité du processus de paix et nous rappeler un passé dont nous espérons qu’il ne se répètera pas et c’est aussi l’histoire poignante du traumatisme d’une famille et de sa guérison.
Après les entretiens de Don Mullan, nous avons décidé qu’il y avait lieu de faire un film sur le Groupe de soutien et sa campagne. Une série d’entretiens a alors eu lieu entre le Groupe de soutien et Dyke, Guiney, Hibbert et Mullan.
PETE TRAVIS
Le scénario et la meilleure manière de relater les évènements ont été beaucoup discutés avec les familles, pour leur dire exactement comment elles seraient représentées. Lorsque vous représentez des personnes réelles, il faut être sensible à leur vision des évènements, être capable d’adopter leur point de vue et des les impliquer dans le processus de création. Il faut être prêt à raconter leur histoire aussi honnêtement que possible. Vous êtes en devoir de faire le meilleur film possible. OMAGH a été filmé, caméra épaule, sans éclairage et sans artifices à Dublin et ses alentours dans la ville de Navan. Michael, le père d’Aiden, a été choisi comme personnage central, car il est devenu porte-parole de la campagne et que sa famille et lui ont accepté que leur histoire soit racontée. J’ai découvert McSorley qui interprète Michael Gallagher dans le film de Paul Greengrass BLOODY SUNDAY.
MCSORLEY
Michael Gallagher a quelque chose de très particulier : une sorte de charisme tranquille et discret. Sa femme dit qu’il est capable de dire à des politiques rompus à l’art du discours des choses comme : « vous êtes sûr de ce que vous dites ? » Sa simplicité peut mettre très mal à l’aise les responsables auxquels il demande des réponses. OMAGH c’est l’histoire sanglante de l’Irlande du Nord du point de vue des gens ordinaires qui en sont les vraies victimes. On y voit comment ces gens refusent de se laisser abattre et forgent des relations durables au-delà des nations, des classes et des religions. Cette histoire a quelque chose d’universel.









